Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
09 Jun

La politique de santé à l'égard des migrants

Publié par NRI  - Catégories :  #Politique sociale et santé

 

Je vous livre ici le discours que j'ai prononcé mardi dernier (le 7 juin 2011) devant le groupe de travail migrants Hôpital Avicenne. J'y présente la vision de notre municipalité de la politique de prévention et de soins à l'égard des personnes immigrées, et j'y évoque la problématique de notre atelier santé-ville.

 

IMG 4085

"Madame la directrice de l’hôpital, Monsieur le professeur Bouchaud, Mesdames, Messieurs les participants de ce colloque,

 

Avant tout permettez moi de vous remercier pour l’organisation de ce colloque construit par le groupe de travail « Migrants » de votre hôpital sur le thème « Migration, Femmes et Prévention ».

 

Je sais que le service de santé de la mairie de Villepinte a participé activement à ce groupe de travail depuis plusieurs mois.

 

Nous sommes en effet très sensibles à Villepinte à la problématique des différences culturelles et à son impact sur les politiques de santé.

 

Depuis que j’ai été élue maire, j’ai souhaité intégrer la diversité culturelle au sein de la politique municipale en l’ouvrant sur l’international. C’est un moyen de valoriser la multiplicité des appartenances culturelles de nos concitoyens et de faciliter par ce biais leur implication dans un vivre-ensemble harmonieux et constructif.

 

Je suis très consciente du fait que la diversité des origines culturelles peut être un obstacle aux politiques sanitaires, à la fois pour le traitement des maladies ou des traumatismes mais aussi en amont sur le volet de la prévention.

 

Un des objectifs de l’atelier santé ville que j’ai mis en place dans notre commune vise justement à identifier ces difficultés qui empêchent la bonne diffusion des actions sanitaires en développant un dialogue direct avec les publics concernés.

 

J’ai voulu aussi tirer partie de la coopération que nous avons engagée avec le village malien de Fatao. Nous y mettons en œuvre un atelier santé-ville que nous souhaitons voir fonctionner en miroir par rapport au nôtre. Ainsi nous espérons que la mise en œuvre des démarches prophylactiques et curatives dans ce village, le niveau d’adhésion ou de résistances que celles-ci suscitent, les stratégies mises en œuvres par le corps médical sur place, mais aussi tous ses partenaires dans la société, et l’évaluation de ces stratégies nous permettront en retour de mieux comprendre le chemin à suivre dans le cadre de notre propre politique de santé et de notre propre atelier santé-ville. Cela ne veut pas dire que nous considérons que les problématiques  que nous rencontrons en Afrique sont automatiquement transposables à ce que nous devons gérer ici.  Il serait absurde de considérer cela ne serait-ce que parce que les migrants ne viennent pas tous d’Afrique. Même au sein des migrants africains il y a une grande diversité culturelle suivant le pays  d’origine, l’appartenance ethnique et religieuse, le caractère récent ou ancien de la migration, les caractéristiques sociales des publics. Le fait même d’être soigné en France et non en Afrique en dehors d’un contexte familial, social et institutionnel bien précis modifie aussi profondément la donne. Nous voulons utiliser simplement la comparaison des deux ateliers santé-ville comme des éléments de réflexion, qu’il faut relativiser, problématiser, enrichir. Elle aura une fonction purement heuristique comme disent les philosophes.

 

Je voudrais préciser qu’en tant qu’élue je suis très consciente des enjeux politiques et médiatiques qui entourent ce sujet. Les difficultés que certains praticiens en France rencontrent pour soigner certains publics migrants sont souvent récupérés dans la stigmatisation collective de « difficultés » d’intégration. Le refus de montrer son corps devant des praticiens d’un autre sexe par exemple a été souvent monté en épingle par certains journaux qui nourrissent plus ou moins consciemment autour de cas isolés le fantasme d’un « choc de civilisations ». C’est pourquoi il est intéressant, comme le fait votre groupe de travail, de prendre le problème dans sa dimension globale, non pas en se focalisant sur les difficultés ponctuelles dont la presse se nourrit, mais en ayant une vision complète des tenants et aboutissants du dialogue interculturel autour de la question des rapports des corps aux politiques institutionnelles – certains diraient à la « bio-politique ».

 

Enfin je veux aussi saluer le sujet plus particulier de votre colloque aujourd’hui, celui de la place des femmes dans les politiques de prévention. J’y suis bien sûr sensible en tant que femme et mère de famille, mais aussi parce que c’est un axe fondamental de ma propre politique. La reproduction de la société passe par les femmes, et elles sont à ce titre des vecteurs de transmission extrêmement important de nos politiques de santé. D’où l’intérêt d’adapter nos messages à leurs attentes, ce qui suppose aussi de les entendre, de savoir les écouter, et de ne pas plaquer des présupposés sur leur réception de nos messages.

 

J’espère que cette journée, à laquelle malheureusement mon emploi du temps ne me permettra pas d’assister au delà de 10 h, sera donc utile à la réflexion collective et à l’efficacité de l’action de tous les acteurs des politiques de santé publique.

 

Mesdames, Messieurs je vous remercie. "

 

Archives

À propos

Blog personnel de Nelly Roland Iriberry, maire (divers gauche) de Villepinte (93)